• MILAN KUNDERA La lenteur

    MILAN KUNDERA 
    La lenteur


    « [...] L'homme au casque, avec sa drôle d'intonation, répète : "Je viens de vivre une nuit tout à fait merveilleuse."
    Le chevalier hoche la tête comme s'il disait oui, je te comprends, ami. Qui d'autre pourrait te comprendre? Et puis, il y pense : ayant promis d'être discret, il ne pourra jamais dire à personne ce qu'il a vécu. Mais une indiscrétion après deux cents ans est-elle encore une indiscrétion ? Il lui semble que le Dieu des libertins lui a envoyé cet homme pour qu'il puisse lui parler; pour qu'il puisse être indiscret en tenant en même temps sa promesse de discrétion ; pour qu'il puisse déposer un moment de sa vie quelque part dans l'avenir; le projeter dans l'éternité; le transformer en gloire.
    "Tu es vraiment du xxe siècle ?
    - Mais oui, mon vieux. Il se passe des choses extraordinaires dans ce siècle. La liberté (les mœurs. Je viens de vivre, je le répète, une nuit formidable.
    - Moi aussi", dit encore une fois le chevalier [...]
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