• Les corps introuvables Martin Melkonian

    Les corps introuvables  Martin Melkonian

    L’effarement, l’égarement et l’éclipse de l’énergie vitale au seuil d’un abîme désiré plus que tout constituent la trame des Corps introuvables.

    Plusieurs décors coulissent au fond d’une scène imaginaire pour donner à voir ce que précisément le regard ne souhaite pas voir : des esprits qui n’ont pas assez d’âme pour devenir des esprits, des corps qui n’ont pas assez d’incarnation pour devenir des corps. Il en résulte des personnages électrisés, lucides, disjoints. Les mots suivants sont tatoués sur la peau de l’un d’eux : « il va à l’homme comme à l’échafaud. »

    Dans ce récit halluciné et dérangeant, l’acuité du regard s’oppose à la perte, à l’oubli, à l’aveuglement par degrés ; elle soutient une lutte farouche contre l’expérience de la défiguration infligée par l’histoire.

        Nic saisit la cassette, alors que dehors, après une brusque chute d’intensité lumineuse, la pluie tambourine aux carreaux. Quelque chose de doux, de feutré et de faussement cinématographique se prépare ; quelque chose en tapinois, qu’assaisonnent un carré d’espace et un morceau de temps, les excluant par le fait du bloc central, tectonique, les distinguant, bâtissant une unité insécable qu’il aurait été présomptueux de vouloir recomposer.

        Il s’agit d’une chose, oui.

        Nic tourne le bouton du magnétophone. Imperceptible déclic. Un petit point rougeoie. Il appuie énergiquement sur la touche ON.

        « … loppe, densifiait l’image intérieure, assurait la place de l’ombre : l’amour, jamais léger, d’un qui déjà cherche une madame Eléphant. »

        Après une très courte pause due à l’arrêt, puis à la reprise immédiate de la bande (Nic perçoit le claquement à bas bruit d’une touche qu’on écrase s&ans ménagement), la voix étranglée de Diego récite, avant de laisser courir la ruban, les mots qui suivent :

         » Bientôt, tu auras fait le tour de moi : je n’aurai apparemment plus de mystère. Je perdrai le nimbe. Tu croiras avoir vaincu ta peur. Quelqu’un d’autre te surprendra… »

        Un quart d’heure plus tard, la bande, au bout de sa course, déclenche le système d’arrêt automatique. Mais il faut se lever et procéder à une manoeuvre afin que disparaisse, sur le tableau de commande, l’oeilleton rouge.

        Nic n’en a pas le courage.

        Ainsi irrigué, l’instant continue de vivre. Plutôt rayonne d’une exultation ténue que garantit la technique.

    DISPONIBLE A L ADRESSE :
    « Martin Melkonian Conversations au bord du videCarine Fouquet Ad nauseam. »
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