• Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi Jean-Christophe Rufin

    Extrait

     

    L'organisation

    LORSQUE, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, et des pèlerins plus ou moins solitaires qui l'entretiennent en y laissant l'empreinte de leurs pas. Erreur grossière, que l'on corrige bien vite lorsqu'on va chercher la fameuse credencial, document obligatoire pour accéder aux refuges pour pèlerins !
    On découvre alors que le Chemin est l'objet sinon d'un culte, du moins d'une passion, que partagent nombre de ceux qui l'ont parcouru. Toute une organisation se cache derrière le vieux chemin : des associations, des publications, des guides, des permanences spécialisées. Le chemin est un réseau, une confrérie, une internationale. Nul n'est contraint d'y adhérer, mais cette organisation se signale à vous dès le départ, en vous délivrant la credencial, ce passeport qui est bien plus qu'un bout de carton folklorique. Car, dûment fiché comme futur-ancien-pèlerin, vous recevrez désormais des bulletins d'études savants, des invitations à des sorties pédestres et même, si vous habitez certaines villes, à des séances de restitution d'expériences, organisées autour de voyageurs fraîchement rentrés. Ces rencontres amicales autour d'un verre s'appellent «Le vin du pèlerin» !
    J'ai découvert ce monde en entrant par une après-midi pluvieuse dans la petite boutique sise rue des Canettes à Paris, dans le quartier Saint-Sulpice, siège de l'association des Amis de Saint-Jacques. L'endroit détone, au milieu des bars branchés et des boutiques de fringues. Il fleure bon sa salle paroissiale et le désordre poussiéreux qui l'encombre a l'inimitable cachet des locaux dits «associatifs». Le permanencier qui m'accueille est un homme d'un certain âge - on dirait aujourd'hui un «senior», mais ce terme n'appartient pas au vocabulaire jacquaire. Il n'y a personne d'autre dans la boutique et j'aurais l'impression de le réveiller s'il ne se donnait pas beaucoup de mal pour paraître affairé. L'informatique n'a pas encore pris possession du lieu. Ici règnent toujours la fiche bristol jaunâtre, les dépliants ronéotypés, le tampon baveux et son encreur métallique.
    Je me sens un peu gêné de déclarer mon intention - pas encore arrêtée, pensé-je - de partir sur le Chemin. L'ambiance est celle d'un confessionnal et je ne sais pas encore que la question du «pourquoi» ne me sera pas posée. Prenant les devants, je tente des justifications qui, évidemment, sonnent faux. L'homme sourit et revient à des questions pratiques : nom, prénom, date de naissance.
    Il me conduit peu à peu jusqu'au grand sujet : est-ce que je souhaite adhérer à l'association avec le bulletin - c'est plus cher - ou sans, c'est-à-dire en payant le minimum : il me donne les prix de chaque option. Les quelques euros de différence lui semblent suffisamment importants pour qu'il se lance dans une longue explication sur le contenu précis des deux formes d'adhésion. Je mets cela sur le compte d'un désir louable de solidarité : ne pas priver de Chemin les plus modestes. En cours de route, j'aurai l'occasion de comprendre qu'il s'agit de bien autre chose : les pèlerins passent leur temps à éviter de payer. Ce n'est souvent pas une nécessité, mais plutôt un sport, un signe d'appartenance au club. J'ai vu des marcheurs, par ailleurs prospères, faire d'interminables calculs, avant de décider s'ils commanderont un sandwich (pour quatre) dans un bar, ou s'ils feront trois kilomètres de plus pour l'acheter à une hypothétique boulangerie. Le pèlerin de Saint-Jacques, que l'on appelle un Jacquet, n'est pas toujours pauvre, loin s'en faut, mais il se comporte comme s'il l'était. On peut rattacher ce comportement à l'un des trois voeux qui, avec la chasteté et l'obéissance, marquent depuis le Moyen Âge l'entrée dans la vie religieuse ; on peut aussi appeler cela plus simplement de la radinerie.
     

     

    Revue de presse

    L'académicien a pris sur le Chemin de Compostelle, celui du Nord. Il revient de son pèlerinage avec un récit réjouissant...
    Il ne relate pas quelque exploit sur le mont Blanc ou le Cervin ou simplement dans les Alpes, ce qui suffirait à lui valoir les honneurs des Éditions Guérin. Mais cet homme en nage a tout de même traversé les Pyrénées, en route vers Compostelle par le chemin du nord - la montagne. À voir son air hagard, il semble avoir souffert. Et pourtant, à première vue, son récit est alerte, rempli de notations drôles et lucides. Il porte un titre intrigant : Immortelle randonnée... (Etienne de Montety - Le Figaro du 28 mars 2013 )

    Médecin, auteur à succès, ambassadeur, académicien et tout juste lauréat du Prix Nomad's... L'hyperactif impénitent s'est essayé au dépouillement sur le chemin de Compostelle. Un exercice délicat pour cet éternel inquiet...
    Marcher en compagnie du pèlerin Rufin, d'Hendaye à Compostelle (par le chemin du Nord, plus difficile et moins fréquenté que le Camina francès), est un enchantement. Pas une seconde d'ennui tout au long de ces 900 kilomètres et 270 pages, où l'on assiste à la mutation de l'académicien-ambassadeur en clochard céleste. (Marianne Payot - L'Express, avril 2013 )

    Médecin, ambassadeur, académicien, tout récent lauréat du Prix Nomad's, le Goncourt raconte son pèlerinage. Une respiration salutaire...
    Et au bout du compte, que réalise notre Candide ? L'expression est peut-être usée, mais elle correspond à la vérité : l'itinéraire a été avant tout humain, et les portraits esquissés par Rufin l'illustrent à merveille. La dimension spirituelle et religieuse est là, bien entendu. Mais la dimension «pratique» prend souvent le pas : quand et où manger, où trouver à boire, comment soigner ses ampoules, comment dormir - l'auteur appartenant à la catégorie des habitués aux interminables heures passées à plat dos, les yeux grands ouverts. On prend le Chemin pour penser, et on en ressort l'esprit vidé. L'écrivain résume tout cela d'une belle formule : «Le Chemin est une initiation par le corps.» (Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 4 avril 2013 )

     

    « Le Lièvre de Vatanen Arto Paasilinna On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps : Les derniers jours des grands hommes Patrick Pelloux »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter