• Des mots dits à vide. Tom Soluble – 27/05/2017 -

    Ecrire, écrire, à l’assaut, les mots sont importants, des baudruches les mots, on les voit les mots, gonflés par des bonhommes tout ronds qui soufflent dans les baudruches, qui rougissent d’apoplexie, à l’assaut, à l’assaut !
    Et que je souffle dans ta tête, et qu’elle gonfle, c’est sérieux les mots, surtout quand c’est vide, on peut voler à distance, comment ils disent les escrocs ? En marche, c’est maintenant, France forte, Prière de laisser cet endroit aussi propre que vous désirez le trouver en entrant, les gens qui suivent les mots finissent vidés dans les WC de la République.
    Ça commence à l’école, en rangs bien alignés les mots, on souligne le titre de deux traits, les sous titres d’un seul trait, vous comptez les carreaux, on avait dit « cahier à petits carreaux », on en fera rien de celui là, on a dit cinq carreaux il en a compté six.
    Des livres, je ferais des livres, à moins que j’ai du talent, je volerais c’est plus facile, plus rapide, plus compréhensible donc plus respecté.
    Ils ne croient pas en l’avenir, ils impriment sur du papier qui ne durera pas 50 ans, ils complotent pour le tout numérique, sitôt vendu sitôt recyclé, la censure à portée de l’automatisme.
    Le peuple au smart-phone, une deusse une deusse.
    Voila ! Vivre de sa plume comme disent les volatiles, traire les traitements de texte comme le paysan trait sa vache, avec une trayeuse accréditée par la communauté des bénéficiaires.
    Au cul la Culture, il faut aller au peuple argenté, s’en faire des rentes, et voilà que mon éditeur ne veut pas que je tapine pour lui, misère ! Une robe neuve, si jolie si courte, il dit « ce n’est pas les jambes, c’est la barbe », il parle de conjoncture, tous les bourgeois parlent de conjoncture, il fait des commandes, « une histoire avec du sexe, des sentiments, des normes sociales blanches et du Capitalisme récompensé », tu devrais savoir faire ça ? 15/100, allez 20/100 de droits d’auteur, une Clio neuve, trois passages télé.
    J’hésite, Kierkegaard dit que le démoniaque c’est l’angoisse du bien, moi je me dis que l’angoisse du bien c’est démoniaque et j’ai peur de tant de bonheur. Je n’écris pas pour rencontrer les gens mais pour ne pas être seul tout en restant à distance, comment expliquer cela au délégué d’un troupeau organisé ? Alors je me lève, je me mets debout sur son bureau, je crie « des mots ! » « Des mots ! » « Il me faut des mots, j’ai faim ! »
    Une secrétaire apparaît par téléportation, elle a de ces jambes j’en change de faim, je n’ose plus crier, elle regarde son boss elle dit « ah, c’est lui ».
    Lui, il hoche la tête, navré pour moi, et moi je cherche des mots mais en silence cette fois.
    Je me rassois, j’ai des vertiges, des hallucinations, je vois tous les auteurs du XIX eme siècle en cortège et c’est moi qui les suis dans mon cercueil. On me reproche des trucs, on me dit « des trucs ? ». Un type avec un chapeau haut de forme me parle de l’imparfait du subjonctif, je lui explique :
    - Oui, j’étais longtemps dans le Subjonctif mais quand ils ont fermé les mines Pole Emploi m’avait obligé à me prostituer, c’était ça ou perdre mes droits, et personne ne veut perdre ses droits, hein ? J’ai fait comme tout le monde des stages de formation à la capacité de faire d’autres stages.
    Je me souviens, je donne les faits, un jour je donnerais les noms, l’inspectrice du travail m’avait convoqué, j’ai dit « je vais faire bouquiniste » j’ai un stock de livre, le temps de trouver un local et c’est fait ! »
    Elle a répondu :
    - ça ne marche pas comme cela, vous devez d’abord retrouver un emploi et vous créerez votre « entreprise » après les heures.
    C’était juste du mépris, j’ai l’habitude, les gens qui ne risquent pas de se radicaliser ont l’habitude, on baisse la tête, on prend note de nos prétentions, vendre des livres ! Le mec il veut vendre des livres…
    C’était comme l’inspecteur d’Académie qui m’avait dit « Il faut faire une demande de dérogation que je refuserais ».
    Des mots, des mots, moi j’étais encore triste de la tristesse de George Hyvernaud méprisé par Roger Nimier, et pourtant je l’aimais aussi le Nimier, j’aimais tous les écrivains, les vrais bien sur, j’allais les voir dans leurs cimetières, j’ai écris à quelques vivants, l’un d’eux m’envoyait dans chacune de ses réponses du mimosa séché en provenance de son jardin. Il avait été ami avec Eluard, il était de cette dimension, je l’aimais vraiment, il peignait aussi. Il connaissait ma vie, il avait été ouvrier avant la guerre, il m’avait écris ; « comme toi Denis j’ai eu les doigts déchirés en tant qu’ouvrier, de tes doigts déchirés tu écris, quand tu fais des efforts, de bien jolis mots ».
    Et Valérie , de ses 19 ans qui m’écrivait à chaque étape de sa fugue, je suis à New York , quelque chose de toi me manque tant que je ne sais si c’est du corps ou de l’esprit, il neige sur NY ( en juillet ) , et si tu venais me prendre sur le capot d’une Cadillac anachronique ?
    Elle a disparu ce jour là.
    Les mots ! Les mots ! Et Jean Thierry mon ami poète qui ce même mois avalait des morceaux de fourchettes dans sa cellule de Fleury-Merogis.
    Et Moi, mon Grand Moi, tout seul seul, ne partez pas, pitié ! J’ai des mots, des mots, des mots…

    Tom Soluble – 27/05/2017 -

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