• COMMENT ARRETER DE FUMER. W.S. BURROUGHS..

    COMMENT ARRETER DE FUMER

    (A propos du best-seller Hoiv To Stop Smoking par Herbert Brean,
    Pocket Books 1975 ; édition originale 1959.)

    Il est curieux de noter que le tabac, de toutes les drogues la plus répandue et la plus utilisée, s'avère avoir les statistiques de mortalité les plus concluantes. Les mêmes statistiques pour le cannabis serviraient sans aucun doute à justifier et à maintenir les lois existantes qui le concernent, mais personne n'a jusqu'à ce jour proposé d'interdire la fabrication, la vente et la possession de tabac...

    Les statistiques sur l'emploi du tabac et sur le cancer du poumon, quoique largement répandues, semblent avoir peu d'effet sur les fumeurs, même ceux d'âge moyen ou plus âgés qui savent pertinemment qu'ils risquent dans l'immédiat un cancer du poumon. Ils savent bien qu'ils devraient arrêter, et pourtant ils ne savent pas comment arrêter. Le livre dont je vous parle vous le dit. Son auteur offre une garantie de remboursement : « Si vous n'arrêtez pas de fumer après avoir lu ce livre et en avoir essayé les méthodes reconnues, le livre vous sera remboursé. »

    J'ai acheté ce livre ; j'en ai suivi les instructions; j'ai arrêté de fumer - au bout de quinze ans à deux paquets par jour. Avant de lire le livre de Brean, j'avais vaine­ment tenté de me rationner à un paquet par jour, avais piteusement échoué, et j'étais profondément convaincu que toute tentative était sans espoir. Quels mots magiques m'ont permis, ainsi qu'à tous ceux qui l'ont lu, d'arrêter de fumer ?

    La première étape est d'être sûr que vous voulez arrê­ter. Oui, pensez à tout ce que vous aimez dans le fait de fumer. Si vous voulez encore arrêter, continuez votre lec­ture et vous y arriverez. Si vous ne voulez pas arrêter, passez à autre chose.

    C'est ça : pensez-y. Pensez-y calmement et avec sang­ froid, sans peur ou désespoir. Bien d'autres y sont arrivés - vous le pouvez aussi. Examinez cette idée objective­ment. N'essayez pas de prendre de bonnes résolutions sans y croire fermement. Pensez-y - un point, c'est tout. Vous n'y pouvez rien ? C'est comme le temps qu'il fait ? Eh bien regardez longuement et calmement le temps qu'il fait en climat de tabac, et voyez si vous aimez ce climat ou pas. Regardez-vous en train d'attendre déjà la cigarette suivante - vous vous réservez un petit plaisir pour quand vous rentrerez du supermarché ballotté d'une clope à l'autre du matin au soir vos mains ne vous appartiennent même plus toujours fourrées dans la poche pour en res­sortir une autre vous ne vous souvenez même pas avoir fumé celle d'après et celle d'après jusqu'à ce que vous aperceviez le tas de mégots dans le cendrier, le premier paquet est déjà terminé à trois heures de l'après-midi... La bouche sèche, il panique quelques instants quand il voit qu'il ne lui reste que trois Senior Service... Ouf mon Dieu ! il y avait un paquet neuf dans un tiroir ! Et le cancer soupire de soulagement depuis les cellules qui ont besoin du goudron, du cyanure et de la nicotine pour vivre et respirer.

    Si vous pouvez examiner tout cela sans réaction émo­tive, du degré zéro de la tabagie (c'est-à-dire du point où vous arrêtez en pensée), vous avez déjà en fait arrêté : en atteignant le point où vous pouvez considérer la chose, à savoir un point futur où vous arrêtez de fumer. Mais vous, -vous voulez arrêter, tout en étant persuadé que vous en êtes incapable - sans même essayer, sans même envi­sager d'essayer... Et vous vous dites que vous ne pourriez même pas supporter un voyage en avion de trois heures sans fumer, au point que vous dégainez plus vite que John Wayne lorsque le signal « Interdit de fumer » s'éteint.

    Et pensez aussi aux statistiques sur le cancer. N'essayez pas de vous faire peur ; contentez-vous d'y penser. Les médecins parlent déjà d'épidémie. Tiens, voilà une idée pour un roman de science-fiction : le nombre des cancers augmente régulièrement et atteint les dimensions d'une lame de fond ; le cancer accéléré colle une tumeur au fumeur en quelques semaines ; le tabac s'avère être une arme à distance des Vénusiens conçue pour exterminer les Terriens. Ils commencent par tuer ou affaiblir les anti­corps, puis ils éclosent des tumeurs. Allons, ne vous faites pas peur ; regardez simplement : vous regardez le cancer dans les yeux. Bruit mou d'un poumon atteint qui atter­rit dans le bac opératoire sanguinolent...
    « Fumer une (marque de cigarette...) est super après une grosse opération chirurgicale » a déclaré le docteur Caspar Higgin après avoir retiré un poumon à son frère jumeau.

    Vous avez donc réfléchi à tout ça. Maintenant, dressez la liste de tout ce qui vous déplaît dans le fait de fumer et gardez-la toujours sur vous. Si vous y avez pensé, la liste est déjà toute prête dans votre tête. Eh bien mainte­nant, choisissez votre moment et arrêtez. Pas de diminu­tion, pas de rationnement : a-rrê-tez. Ne vous autorisez aucune exception.

    Le premier jour, vous n'y croyez pas sérieusement vous pouvez toujours recommencer demain. Mais il se trouve que vous ne recommencez pas. Le troisième jour, vous savez à ne pas s'y tromper que vous avez arrêté, et que vous préférez comme vous êtes maintenant à oc que vous étiez .quand vous fumiez. Et maintenant, vous êtes capable de voir quel esclavage sinistre et sordide est le tabac. Tenez, unie grande dame très respectable qui essayait de s'arrêter s'est ruée hors de chez elle à minuit en pyjama, crevant littéralement de trouver des cigarettes et s'est mise à ratisser le caniveau et les cendriers publics... Et Oscar Wilde se retrouvait souvent nez à nez avec un jeune ami à lui cherchant à quatre pattes par terre des mégots à rallumer.

    Observer ce qui se passe quand vous arrêtez de fumer vous apprendra un tas de choses sur la fonction réelle de la fumée. Déjà, les gens allument une cigarette pour cacher une douleur, un ennui, une gêne. Vous vous souvenez des publicités pour les cigarettes Murad ?

    « Vous vous sentez gênée... ? » (le mari rentre plus tôt que prévu) « Soyez nonchalante : allumez une Murad ! »

    Et quand le docteur vous dira que vous avez un cancer aux deux poumons, soyez nonchalante : allumez donc une Murad - au point où vous en êtes...

    Je revois ce vieux Burroughs qui fume vague saccadé lointain dans une comédie des années vingt où il est tou­jours deux plombes du mat et où des aristocrates languis­sants bâillent des ronds de fumée. On nous présentait ça dans les publicités comme quelque chose de charmeur, l'insigne de la virilité et de la sophistication. Aujourd'hui, je le vois comme une habitude dégoûtante, ruineuse et négligente. Fumeurs de tous les pays, regardez-vous dans votre glace. « Voilà de vilains gestes » - le docteur Fola­mour donne une tape à son autre main qui rampe hors de sa poche.

    On pourrait organiser des jamborees de non-fumeurs... « Oh ! je savais qu'il fallait que j'arrête... »

    « Ça m'est venu tout d'un coup : je me suis dit "Rien ne m'y oblige "... »

    « Je sais très bien tout ce qu'on raconte... »

    Ils se roulent les uns sur les autres à se féliciter réci­proquement jusqu'à ce que les ouvriers du tabac au chômage leur tombent dessus. Seulement, ils courent telle­ment plus vite!... Et ils se dispersent en rigolant joyeuse­ment. Les affiches de marques de cigarettes moisissent sur les murs, se décollent et claquent dans le vent. Des stars pop radieuses enlèvent leur pantalon en feuilles de tabac. L'industrie du tabac est à la ruine. Oh, il y avait bien quelques individus qui fumaient cinq cigarettes par jour - ils feront pousser leurs propres plants, pour ce qu'ils rapportaient, ceux-là et quelques vieux fumeurs de pipe. Ça prend, c'est fou : on tourne des films entiers où personne ne fume. Il devient bientôt aussi déplacé de sortir un paquet de cigarettes que de se balader en étole de vison.

    « Dans cette fureur insensée, ils vont se tourner vers d'autres produits » avertit sèchement un ancien président de Tobacco Amalgamated. Et comment ! Un tas d'autres vieux produits ! Quand on arrête de fumer, ce sont toutes nos habitudes qui sont remises en question. Vous vous mettez soudain à regarder longuement et calmement tout ce que vous pensez et faites. Quelle part de vos pensées et de vos actes repose-t-elle sur la conviction que vous ne pouvez rien y changer? Vous venez de vous prouver que vous le pouviez : dans ces conditions, pourquoi vous en tenir aux cigarettes ? Vous pouvez renoncer à n'importe quoi et à n'importe qui.

    « Désolé, vieux... tu n'es plus pour moi qu'une sale habitude ! »

    (Traduit par Philippe Mikriammos.)


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