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mercredi 18 août 2010

Carine Fouquet Ad nauseam.

Carine Fouquet

Ad nauseam.



Il était une fois…
Une femme bienveillante et avisée par l’âge désire léguer à son très jeune époux un édifiant ménagier, pour lui servir après sa mort, en un temps où le masculin est honni, en un lieu où l’universel est féminin. Elle lui raconte comment, par amour de lui, elle brava l’interdit, protégeant sa naissance, comme autrefois, dit-on, la fille de Pharaon tira Moïse des eaux. Elle lui livre le conte de Vanon, paradigme de l’époux soumis et doux, d’une docilité aussi inhumaine que le fut celle de Grisélidis au Moyen Age. Et revient au présent, jouit de l’amoureux nourrissant son espoir insensé d’échapper à la sempiternelle lutte des sexes, qui cependant ne sauraient se passer l’un de l’autre… À moins que le monde n’ait déjà décidé de périr dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce…

Les corps introuvables Martin Melkonian

Les corps introuvables  Martin Melkonian

L’effarement, l’égarement et l’éclipse de l’énergie vitale au seuil d’un abîme désiré plus que tout constituent la trame des Corps introuvables.

Plusieurs décors coulissent au fond d’une scène imaginaire pour donner à voir ce que précisément le regard ne souhaite pas voir : des esprits qui n’ont pas assez d’âme pour devenir des esprits, des corps qui n’ont pas assez d’incarnation pour devenir des corps. Il en résulte des personnages électrisés, lucides, disjoints. Les mots suivants sont tatoués sur la peau de l’un d’eux : « il va à l’homme comme à l’échafaud. »

Dans ce récit halluciné et dérangeant, l’acuité du regard s’oppose à la perte, à l’oubli, à l’aveuglement par degrés ; elle soutient une lutte farouche contre l’expérience de la défiguration infligée par l’histoire.

    Nic saisit la cassette, alors que dehors, après une brusque chute d’intensité lumineuse, la pluie tambourine aux carreaux. Quelque chose de doux, de feutré et de faussement cinématographique se prépare ; quelque chose en tapinois, qu’assaisonnent un carré d’espace et un morceau de temps, les excluant par le fait du bloc central, tectonique, les distinguant, bâtissant une unité insécable qu’il aurait été présomptueux de vouloir recomposer.

    Il s’agit d’une chose, oui.

    Nic tourne le bouton du magnétophone. Imperceptible déclic. Un petit point rougeoie. Il appuie énergiquement sur la touche ON.

    « … loppe, densifiait l’image intérieure, assurait la place de l’ombre : l’amour, jamais léger, d’un qui déjà cherche une madame Eléphant. »

    Après une très courte pause due à l’arrêt, puis à la reprise immédiate de la bande (Nic perçoit le claquement à bas bruit d’une touche qu’on écrase s&ans ménagement), la voix étranglée de Diego récite, avant de laisser courir la ruban, les mots qui suivent :

     » Bientôt, tu auras fait le tour de moi : je n’aurai apparemment plus de mystère. Je perdrai le nimbe. Tu croiras avoir vaincu ta peur. Quelqu’un d’autre te surprendra… »

    Un quart d’heure plus tard, la bande, au bout de sa course, déclenche le système d’arrêt automatique. Mais il faut se lever et procéder à une manoeuvre afin que disparaisse, sur le tableau de commande, l’oeilleton rouge.

    Nic n’en a pas le courage.

    Ainsi irrigué, l’instant continue de vivre. Plutôt rayonne d’une exultation ténue que garantit la technique.

DISPONIBLE A L ADRESSE :

Martin Melkonian Conversations au bord du vide

Martin Melkonian

Conversations au bord du vide



Deux interlocuteurs. Le second donne des coups de sonde dans l’expérience d’un « disparu de la langue ». Le vide entoure l’un, attire l’autre.

Il y a de la place au bord du vide.

Auteur d’une quinzaine d’ouvrages très connus, Martin Melkonian aborde ici une forme qui déconcerte l’essence même de son écriture.

Meïr Cohen Une histoire d’Alix

Meïr Cohen


Une histoire d’Alix


Pourquoi taxe-t-on les lucides, qui déplorent les aberrations du monde et plus précisément la malheureuse société française, de naïfs et d’idéalistes ? cette absence de droit à la bonne colère est-il supportable pour toute une génération sacrifiée, mal aimée et incomprise, oubliée sans doute…

Les mots de Meïr pénètrent le mariage d’Alix. Une petite colère arrive. Oh, elle a l’air de rien mais elle nous libère et nous décrasse en profondeur. C’est bon parce que ne s’expose pas sans honnêteté, la vraie, la sienne, sans un immense amour, sans le bonheur plein d’être vivant. Meïr ne se raconte pas, ne se transcrit pas, ne se copie pas, il nous plonge dans ce mariage qui ne raconte pas un  » mariage «

    Le bâtiment entier s’éteint. Plus personne aux lumières les manettes, le temps du battement des grosses-caisses contre le mur, tout résorbé, un silence, tout du velours maintenant. Après le grand bruit on parle bas on interroge, parfois on s’inquiète, deux ou trois secondes un mariage comme celui-ci, le mariage d’Alix, repose sur un fusible tout en équilibre, le poids d’une salle des fêtes sur sa minuscule rondeur, le fusible parfois il craque, il est mort le fusible.Arrêt brusque d’activités humaines, les humains sont contents tant qu’on aperçoit de la lumière au plafond et dans le couloir, sinon on s’inquiète, si la lumière électrique s’interrompt l’appréhension surgit parmi le groupe humain, on s’inquiète, une lumière éteinte au beau milieu du bal éveille des effluves de mort, nous piochons chacun pour soi dans le stock d’imaginaire catastrophique, lumière éteinte nous voici partis, l’Aventure du Poséidon, la salle des machines la pression, les hublots.


Antonia Soulez/Donia Fervante Timbres

Timbres

Antonia Soulez.

» Ce qu’on ne peut pas dire, il faut le passer, non pas sous silence, mais en silence, dans cette traversée translative du silence, du silence au silence, qu’est l’envoi du poème, main tendue, geste archéologique de la parole inventant la vision comme elle invente l’autre et ramène le plus lointain dans la proximité du jour : c’est à quoi nous invite la poème – car c’en est un, si c’est le recueil de plusieurs – d’Antonia Soulez, dans son battement de vie et de voix rompues de vide, quand la saisie (seizure) s’entend césure. L’abrupt vertige accepté réarticule le dire, le noue et le ranime ; il retisse, dans sa discrétion même, les fils que la Parque a coupés. En philosophe et musicienne, Antonia Soulez conjugue sa vie et création. Elle a le courage de la mesure, d’une mesure qui accueille la dissonance, s’y accorde et l’accorde, transfigurant l’épreuve et son déchirement en expérience à la fois singulière et pourtant transmissible ; comme si, de ne pas chercher une illusoire maîtrise du grammatical et de sa raison d’usage, comme si, de nous mettre à l’écoute de la « folle » musique des mots, le poème en disait bien plus que tout discours, par la vertu d’un travail d’anamnèse qui nous reconduit, nous lecteurs avec elle, à ce seuil où » plus rien n’est dicible comme le reste de ce qui s’enseigne « .

S’il ne saurait être celui d’une victoire tout illusoire, le » v » d’Antonia Soulez, par sa répétition allitérative, porte de bout en bout le poème et signe en profondeur l’unité de ses moments, en l’élan de vérité."

Robert Davreu

TAUSSIG Sylvie Prison

       Prison


Rien n’existe autour : tout est à l’intérieur, et à l’intérieur, c’est oubli. Les souvenirs, pour qu’ils soient des souvenirs, il faut les réactiver, et elle n’a pas envie, cela lui coûterait des efforts, et même de la douleur son passé chargé d’images, d’événements, de visages, s’est clos par la condamnation à perpétuité.
Il lui reste tout à découvrir de son présent la perpétuité y suffira-t-elle ?

Disponible à l'adresse:

Jean-Paul Bucher Fureurs obstinées

Jean-Paul Bucher

Fureurs obstinées


Trois générations, trois guerres. un récit égrenant l’irruption brutale de l’histoire ;la transmission et la répétition de fatales rencontres. Dans cette revenance, l’émergence d’un « non » à la fureur obstinée.
Au détour de fictions qui dramatisent la plasticité des détails, autour du jeu des corps et des histoires, surgissent et se divisent nos émotions.
Passages incessants entre intérieur et extérieur, servis par une concision tendue de l’écriture, une architecture fragmentée du récit où rayonnent les éclipses.
Ce n’est pas en vain que le livre s’achève sur le  »Pas » de Rome, creusé dans le refus d’une fatalité présomptive.
Une écriture travaillant le mort et le vif, la question de l’identité.

Disponible à l'adresse: 
Fureurs obstinées : Récits (Collection Fil à fil)